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Qui est donc cette femme en haillons qui pas à pas arpente la scène en « ressassant tout ça » ? On peut croire tout d'abord qu'elle se nomme May et qu'elle dialogue avec sa mère mourante dont la voix provient d'une pièce voisine. Mais ce n'est peut-être pas seulement de cela qu'il s'agit. Samuel Beckett, usant de noms miroirs en anagrammes, brouille les pistes. May serait-elle de fait cette Amy qu'elle évoque ? Est-ce la mère qui se nomme Amy, qui elle aussi va et vient sans cesse en « haillons gris blanc », et qui dialoguerait à son tour avec sa propre mère Madame W. ? Ailleurs, Samuel Beckett écrit : « Oui, j'ai été mon père et j'ai été mon fils... » Ici, May est-elle devenue la mère de sa propre mère dont c'est alors l'enfance à rebours comme il advient à l'approche de la mort ? De long en large et retour, le trajet que May suit, toujours le même, trace le signe de l'infini : le sens du temps est aboli, de génération en génération les filiations s'inversent, se brouillent. Passé et avenir, ce qui fut, ce qui fut seulement imaginé, ce qui sera, ce qui seulement aurait pu être : « tout ça », infiniment ressassé, est infiniment présent.
Cette femme sans identité et sans âge incarne la mémoire qui, de toute éternité, suit pas à pas le dédale douloureux, incertain et fascinant de tous les présents possibles et impossibles.
Auteur : Beckett, Samuel (1906-1989)
Date de parution : 01/01/1978
Éditeur : Minuit
Classification : Poésie et théâtre
(France Métropolitaine)
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